Archives de catégorie : DOSSIERS

La carte des pays qui boivent le plus d’alcool au monde

La consommation d’alcool varie beaucoup à travers le monde, et la France est plutôt dans la catégorie des gros buveurs.

Comme le montre cette carte (cliquez ici pour agrandir) de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les Russes et leurs voisins boivent plus que presque tout le monde. Le Portugal, la Grenade et Andorre sont aussi classés dans la catégorie des plus gros consommateurs avec plus de 12,5 litres par personne de plus de 15 ans en 2010.

L’OMS souligne dans son rapport annuel sur le sujet que 48% des personnes comprises dans ses données ne boivent pas du tout. Si l’on excluait ces personnes, la consommation par tête de ceux qui boivent serait bien plus importante que ce que montre la carte.

En Europe, la France se situe à un niveau comparable à celui de ses voisins allemands, britanniques, belges, suisses ou encore espagnols, tandis que l’Italie se démarque par une consommation nettement mois importante. La France se situe aussi à la deuxième place des pays de l’OCDE, l’autre organisation à publier régulièrement des statistiques comparatives sur le sujet.

En Amérique du nord, les Canadiens boivent plus que les Américains selon l’OMS, ce qui les place au même niveau que les pays européens cités ci-dessus, que l’Australie ou encore que la Corée du Sud. La consommation d’alcool est faible au Maghreb, mais plus importante en Afrique subsaharienne, notamment en Afrique du Sud et en Namibie.

La consommation d’alcool en Russie est un problème majeur. Une récente étude a conclu que le nombre élevé de morts prématurées en Russie pouvait être attribué au fait que les gens boivent trop d’alcool. Parmi les causes les plus répandues de morts prématurées, on retrouve les maladies du foie, l’intoxication alcoolique ou le fait d’être impliqué dans un accident ou une bagarre en état d’ébriété.

D’autres pays proches de la Russie comme l’Ukraine ou la Biélorussie ont des niveaux similaires de consommation d’alcool.

Le rapport de l’OMS, qui utilise les données les plus récentes sur la consommation d’alcool dans le monde, souligne que l’Europe n’abrite que 14,7% de la population mondiale de plus de 15 ans, mais représente 25,7% de l’alcool consommé dans le monde. 

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Mais qu’a donc mangé votre grand-mère?

Överkalix est une commune suédoise, nichée au coeur de la Laponie, à quelques dizaines de kilomètres de la frontière finlandaise, tout au fond du golfe de Botnie. A 66 degrés de latitude nord, les habitants se font rares: ils sont désormais moins de 4.000 sur les quelque 278.000 hectares que compte la municipalité. Ces habitants, pourtant, sont depuis quelques années chouchoutés par les chercheurs suédois en génomique.

Ici, en effet, la population a longtemps vécu isolée: les liens, notamment alimentaires, avec le sud du pays étaient difficiles, et surtout au début du printemps, avant les récoltes, en raison du gel de la mer Baltique. La région vivait, autrement dit, quasiment en autarcie.

Isolée, mais tout de même très organisée, puisque des registres très détaillés des récoltes étaient tenus ici dès le début du XVIIIe siècle, complétés, pour les années manquantes, par les données de spécialistes. Du coup, ces informations fournissent aux chercheurs des informations précieuses sur la quantité et la qualité de nourriture que les petits överkalixiens de l’époque ont pu ingurgiter aux environs de leur dixième année, autrement dit, pendant leur période dite «de croissance lente», avant la puberté. Celles-ci dépendant bien sûr aussi de la position sociale des parents (en gros: leur richesse) et du nombre d’enfants dans la maisonnée.

Heureusement pour les chercheurs, les récoltes, dans ces contrées nordiques, étaient rarement stables d’une année sur l’autre, ce qui a soumis les enfants de l’époque à des régimes différents selon les années et selon la saison: la période la plus difficile en cas de mauvaise récolte étant le début du printemps. Au XIXe siècle par exemple, les överkalixiens ont vécu 20 années de bonnes récoltes, 21 années de mauvaises et 59 années de récoltes correctes, les bonnes et les mauvaises années alternant parfois très rapidement.

«Réponse transgénérationnelle»

Depuis une bonne dizaine d’années, une équipe de chercheurs, principalement suédois, étudie à la loupe l’état de santé des descendants des enfants du XIXe siècle. Et ils sont arrivés à des constatations étonnantes: mieux vaut, par exemple, pour un homme, avoir un grand-père paternel ayant souffert de la faim –et y ayant survécu, bien sûr. Cela permet, visiblement, de vivre plus longtemps, et de subir un moindre risque cardio-vasculaire et de diabète, que lorsque Grand-Papa s’est un peu trop goinfré entre 8 et 12 ans, ce qui serait plutôt mauvais pour la santé!

Leur dernière recherche, récemment publiée, établit elle un lien entre la nutrition de la grand-mère paternelle et la santé de sa petite-fille.

Lorsque la première a vécu des périodes de changements importants dans son alimentation –et notamment des périodes de disette fortes faisant suite à des périodes d’abondance–, la seconde a plus de risque d’être victime, une fois adulte, d’accidents cardio-vasculaires que si sa grand-mère paternelle a eu une alimentation plus stable, qu’elle soit riche ou pauvre. Ce n’est pas tant l’aspect drastique ou non de la disette, mais bien les fortes variations dans l’alimentation, qui semblent être en cause. Est ainsi mise en évidence une «TGR», ou «réponse transgénérationnelle». Les changements de régime subis par les trois autres grands-parents, en revanche, ne semblent avoir aucune influence significative sur la santé de leur petite-fille.

Gènes qui «s’allument» ou «s’éteignent»

Pourquoi donc ce lien, qui plus est si spécifique? Les chercheurs penchent pour une explication épigénétique du phénomène. Pour faire (trop) simple, certaines fonctions des gènes «s’allument» ou «s’éteignent» en fonction de l’environnement, sans que pour autant l’ADN ne s’en trouve modifié. Mais ces changements d’état des gènes se transmettent ensuite à la descendance.

En l’occurrence, le signal de la TGR serait transmis par le chromosome X de la mère à son enfant. Si celui-ci est un garçon, il le transmet à son tour à sa fille. Si l’enfant de la mère ayant subi ces grandes variations alimentaires est en revanche une fille, il semble que le signal TGR soit annihilé par d’autres facteurs (le chromosome X transmis par le père?) et ne se transmette pas. Les chercheurs le reconnaissent: s’ils soupçonnent des effets épigénétiques, ils n’ont pas, pour l’instant, pu les prouver.

Mais l’effet, lui, semble établi. Tout comme il a déjà été démontré que les changements de régime alimentaire d’une mère pendant sa grossesse influencent le risque d’infarctus chez son enfant devenu adulte mais aussi le poids à la naissance de son petit-enfant!

Certains, à n’en pas douter, trouveront là une raison supplémentaire pour contrôler la régularité et la qualité de la prise alimentaire de leurs rejetons: car il en va de leur santé, mais aussi de celle… de leurs descendants! D’autres, au contraire, y verront une excuse supplémentaire pour manger comme bon leur plaît: si leurs artères en souffrent, cela ne sera-t-il pas, de toute façon, la faute de Grand-Maman?

Catherine Bernard

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Les hommes de petite taille vivent plus longtemps

Une étude publiée dans la revue Plos One accrédite l’hypothèse selon laquelle les hommes de petite taille vivent plus longtemps que les autres. L’étude se base sur une cohorte de 8.000 Américains résidants d’Hawaii, d’ascendance japonaise, suivis pendant 40 ans dans le cadre d’un programme de recherche de santé, le Kuakini Honolulu Heart Program, détaille NBC News.

Une corrélation positive a été trouvée entre la taille et toutes les causes de mortalité, notamment toutes les morts provoquées par un cancer non relié au tabac. Cette corrélation a été observée sur tout le spectre des tailles étudiées, de sorte que plus les hommes étaient grands, plus leur espérance de vie était réduite.

Source: Shorter Men Live Longer […] – Plos One

Les chercheurs attribuent cette inégalité de longévité à la présence d’un gène spécifique associé à des taux plus faibles d’insuline dans le sang et qu’on trouve chez les individus moins sujets à des cancers. Un gène qui joue un role dans la longévité dans le règne animal (souris, mouches) mais qui a été pour la première fois associé à l’espérance de vie chez l’homme.

En 2013, Arte diffusait un documentaire, «Secrets de longévité», sur l’étude menée pendant 22 ans par le docteur Jaime Guevara sur une population de petite taille, 1 mètre 20 en moyenne, d’une vallée du Sud de l’Equateur, épargnée par le cancer et le diabète. Comme CNN l’expliquait en 2011, il n’y a eu qu’un cas de cancer en 22 ans sur les 99 Equatoriens suivis. S’ils ne mouraient pas d’accident ou de maladie liée à l’alcoolisme, ces hommes et ces femmes vivaient plus longtemps que le reste de la population et même que les membres de leur famille de taille moyenne.

Plusieurs populations de petite taille ont fait l’objet de recherches similaires, mais les chercheurs hésitent à généraliser ces résultats à l’ensemble de la population. Tout comme à trancher sur l’opportunité d’un traitement d’hormone de croissance, dont les effets de croissance ou anti-âge peuvent être contrebalancés par les risques de cancer ou de diabète.

Reste que cette publication sonne comme une revanche biologique pour l’homme de petite taille, plus habitué aux études se penchant sur le handicap social que constitue sa particularité. Le sociologue Nicolas Herpin a ainsi montré à partir des données de l’Insee de 2001, que les hommes de petite taille étaient moins fréquemment en couple que les plus grands.  Par aileurs «la taille élevée est un atout économique pour l’homme. À diplôme constant, les hommes de taille élevée font une meilleure carrière professionnelle car leur sont confiées davantage de responsabilités d’encadrement», écrit le sociologue. La grande taille étant perçue comme un signal d’autorité dans les postes d’encadrement. 

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La polio est de retour, avec l’aide de la CIA, des terroristes et des dictateurs

La quasi-éradication de la polio est l’un des grands succès de santé publique, au cours de ces dernières décennies. Grâce à des campagnes de vaccinations communes, le nombre de cas est passé de 350.000 en 1998 à 187 en 2012.

Aujourd’hui, cependant, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) met en garde d’un possible retour de cette maladie.

Fin avril, 68 cas de polio avaient été rapportés dans le monde. Il n’y en avait que 24, l’année dernière, à la même époque:

«L’agence décrit les éruptions de polio qui se déroulent actuellement dans au moins dix pays, en Asie, en Afrique et au Moyen-Orient comme un « évènement extraordinaire » qui requiert une réponse internationale coordonnée. Elle a identifié que le Pakistan, la Syrie et le Cameroun ont laissé le virus passer leurs frontières, et elle recommande que l’on requiert que les citoyens de ces trois pays obtiennent un certificat prouvant qu’ils ont été vaccinés contre la polio avant de voyager à l’étranger.»

La maladie a également été identifiée au Nigéria, en Ethiopie, en Somalie et au Kenya. Elle s’est propagée du Cameroun à la Guinée Equatoriale et de la Syrie à l’Irak.

La polio a fait son retour en Syrie pour la première fois depuis 1999. L’absence d’un système de santé et le déplacement de la plupart de la population a fortement diminué le taux d’immunisation des Syriens.

Le Cameroun dispose d’infrastructures de santé publique, mais les facteurs principaux de la réapparition de la maladie sont la peur des vaccins et les troubles causés par les réfugiés qui fuient la violence du Nigéria voisin et de la République Centrafricaine.

Au Pakistan, les efforts pour combattre la polio ont été entravés par les Talibans qui ciblent les personnes qui amènent ces vaccins dans le nord-ouest du pays. Plus de trente de ces travailleurs ont été tués au cours des deux dernières années. Il y a quelques semaines, Salma Farooqi, qui administrait ces vaccins, a été torturée puis tuée après avoir été enlevée à son domicile, à Peshawar.

Selon les Talibans, les vaccinations sont un complot occidental pour stériliser les enfants musulmans ou une couverture pour les espions. Malheureusement, la CIA a donné du crédit à la dernière rumeur en organisant une fausse campagne de vaccination pour récupérer des preuves qu’Oussama ben Laden était bien présent dans le complexe fortifié d’Abbottabad.

L’avertissement de l’OMS est un bon rappel d’une chose qui semble évidente. Les vaccins ne marchent que s’ils sont administrés. Quand on considère les immenses risques que ces personnes prennent pour immuniser ces enfants dans les zones de guerre les plus dangereuses du monde, les régimes dictatoriaux, ou les Etats en déliquescence, le fait que certaines maladies évitables, comme la rougeole, fassent leur retour aux Etats-Unis –en partie parce que certains organes de presse effraient les parents– est exaspérant.

Joshua Keating

Traduit par Grégor Brandy

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S’injecter le sang des jeunes pour ne pas vieillir: non, ceci n’est pas un film d’horreur

Inverser le processus de vieillissement semble depuis longtemps relever de la science-fiction. Trois études publiées ce dimanche 4 mai suggèrent désormais que ce problème pourrait en fait avoir une solution relativement simple: le sang des jeunes.

Cela ressemble au début d’un film de série B, mais ces études ont découvert qu’injecter du sang de jeunes souris dans des individus plus âgés peut changer certains effets du vieillissement.

Et les bénéfices sont conséquents: «des perfusions de sang jeune renversent des défaillances liées à l’âge en ce qui concerne la mémoire, l’apprentissage, les fonctions cérébrales, la force musculaire, et l’endurance», détaille le Guardian.

Les souris plus âgées ont paru se recharger de façon soudaine à partir du moment où elles ont reçu du sang neuf, et étaient par exemple capables de parcourir des labyrinthes beaucoup plus rapidement. La question de la durée des effets positifs reste posée dans la mesure où aucune des études ne s’est penchée sur ce problème, mais il semblerait qu’elle pourrait atteindre quelques semaines.

 «Leur fourrure a meilleure allure, elles font mieux leur toilette, elles semblent tout faire mieux», a affirmé Tony Wyss-Coray, le scientifique en charge de mener l’une des études, à USA Today. Et d’ajouter:

 «C’est pour nous une telle surprise, que quelque chose de si simple ait des effets spectactulaires sur tous les tissus du corps que nous avons examinés.»

Et le processus inverse est également vrai: du sang plus vieux fait vieillir prématurément les jeunes souris.

Deux des études ont été réalisées par le Stem Cell Institute d’Harvard, quand la troisième est le fruit d’un effort conjoint des chercheurs des universités de Stanford et de Californie, à San Francisco.

Les scientifiques pensent que la clé de ce rajeunissement est une protéine spécifique -une protéine que l’on peut aussi trouver dans le sang humain. Les cherhceurs espèrent obtenir l’autorisation d’effectuer des tests cliniques sur des humains dans les prochaines années, détaille le Los Angeles Times. 

 «Nous pensons que, au moins en principe, il y aura un moyen de renverser certains effets du vieilissement avec une seule protéine», dit de son côté Lee Rubin, un professeur spécialiste des cellules souches et de la biologie régénérative à Harvard.

Les chercheurs en charge du projet sont pleinement conscients que leurs découvertes peuvent évoquer des images de Dracula et de vampires. «Vous ne pouvez pas boire le sang, a plaisanté Tony Wyss-Coray auprès de NBC. Mais sérieusement, si vous voulez essayer cela sur des humains, vous devriez avoir une transfusion. Et vous ne pouvez pas faire ça chez vous.»

Daniel Politi
Traduit et adapté par A.F.


A votre santé! – Slate.fr

On pourrait guérir tous les malades de l’hépatite C en France. Problème, ça coûterait 12 milliards

La découverte médicale tombe mal, à l’heure où le gouvernement annonce dix milliards d’euros d’économie sur les dépenses de l’assurance maladie. Cette avancée thérapeutique concerne le virus de l’hépatite C (VHC), dont l’OMS estime à 150 millions le nombre des personnes infectées à travers le monde.

En France, ils seraient environ 370.000 porteurs d’anticorps «anti-VHC», témoins biologiques d’un contact avec ce virus transmissible par le sang.  Un fois introduit dans l’organisme, ce virus peut y déclencher une infection chronique pouvant évoluer vers une cirrhose puis un cancer du foie. On dénombre chaque année en France environ 2.600 décès prématurés dus à une infection par le VHC.  

Une  vaste entreprise nationale  de dépistage des personnes infectées est  en cours. C’est ainsi qu’en  2011, plus de 2,6 millions de dépistage («sérologies anti-VHC») ont été réalisées en France entière et remboursées par l’ensemble des régimes d’assurance maladie.

On retrouve le virus actif dans le sang chez les deux-tiers des personnes ayant des anticorps. Ce sont elles qui peuvent bénéficier de la nouvelle thérapeutique qui commence à être commercialisée. Il s’agit du sofosbuvir, un nouvel antiviral capable de faire disparaître le virus en quelques semaines de l’organisme infecté.  

Les derniers essais cliniques menés dans ce domaine démontrent qu’associé à une autre spécialité pharmaceutique cette nouvelle molécule permet de guérir 90% des personnes traitées.

Découvert en 2010 au sein de la start-up Pharmasset (fondée en 2008 par deux universitaires américains), le sofosbuvir est aujourd’hui commercialisé (sous la marque Sovaldi ®)  par la firme américaine pharmaceutique Gilead Sciences. Cette dernière a acheté Pharmasset pour 11 milliards de dollars en 2011.  Une acquisition cohérente: Gilead est spécialisée dans les antiviraux dont le Truvada, médicament destinés aux personnes infectées par le VIH ou en situation de l’être.

Aujourd’hui Gilead place de considérables espoirs financiers dans la commercialisation de son nouveau produit. Autorisé par la Food and Drug Administration américaine fin 2013, le Sovaldi ® est aujourd’hui disponible en France en milieu hospitalier. Depuis janvier, il est réservé «à titre temporaire» pour certains malades atteints d’infection virale C chronique: ceux qui souffrent d’une maladie à un stade avancé pour lesquels il n’existe pas d’alternatives thérapeutiques appropriées et ceux qui sont inscrits sur une liste d’attente pour une greffe de foie. Ou encore ceux qui ont bénéficié d’une telle greffe mais chez lesquels une nouvelle infection du VHC, agressive, est en cours.

Cette situation de restriction ne pourra s’éterniser. Tous les éléments disponibles convergent pour confirmer la considérable supériorité de cette molécule sur les associations médicamenteuses précédentes, à base d’interféron. Certains spécialistes de virologie en viennent même, comme dans le cas du sida et des antirétroviraux, à évoquer la perspective d’une éradication du VHC. Reste toutefois, là encore, l’obstacle considérable du prix.   

Aujourd’hui  le Sovaldi ® est commercialisé en France à hauteur d’environ 60.000 euros le traitement de douze semaines. Auquel il faut ajouter une autre spécialité pharmaceutique onéreuse. Soit près de 90.000 euros pour un seul traitement. Cette situation commence à bouleverser les budgets des pharmacies hospitalières et conduit immanquablement à une forme de rationnement.

Des médecins (comme le Pr Yazdan Yazdanpanah, service de maladies infectieuses, hôpital Bichat-Claude-Bernard, Paris) élaborent des modèles mathématiques pour préciser quant les bénéfices attendus de ce nouveau traitement peuvent être économiquement supérieurs à son prix actuel. Il faut alors comparer le surcoût majeur induit par ce nouveau traitement aux dépenses ultérieures qu’il permettrait de prévenir, qu’il s’agisse de prise en charge des cirrhoses hépatiques ou des transplantation de foie (estimées à 60 000 euros l’unité). Il n’en reste pas moins que ce sont là des équations à de multiples inconnues et qu’en toute hypothèse les coûts actuels du médicament interdisent de proposer ce traitement efficace à toutes celles et ceux dont l’état de santé le justifierait. 

Ce qui n’a rien de scandaleux a priori mais qui, en démocratie, mériterait amplement un débat public.

Aux Etats-Unis le coût est, selon la durée, compris entre 84.000 et 168.000 dollars. L’impact attendu sur l’équilibre financier des systèmes de santé commence à alimenter différentes controverses. Des associations de défense de patients dénoncent ici la cupidité de la firme pharmaceutique. Il semble que le Royaume-Uni soit parvenu à négocier des prix plus bas, de l’ordre de 35.000 £ (42.000 euros) les douze semaines.

Cette équation semble impossible à résoudre dès lors que l’on tient le prix du médicament comme une donnée fixe. Or ce prix est le fruit d’une négociation entre la firme et le gouvernement dans le cadre du Comité économique des produits de santé. Une négociation au terme de laquelle la firme à l’assurance de disposer d’un marché national substantiel compte-tenu de la couverture de la Sécurité sociale. Cette négociation est en cours pour le Sovaldi ®.

A quoi aboutira-t-elle ? La problématique dépasse ce seul antiviral. On la retrouve notamment avec la quasi-totalité des nouvelles molécules anticancéreuses. En toute logique elle réclame une remise à plat et une transparence sur l’ensemble du dispositif de fixation des prix des spécialités pharmaceutiques. A fortiori quand on cherche, comme aujourd’hui le gouvernement, à faire des économies drastiques sur le budget médicament de l’assurance maladie. 

Jean-Yves Nau


A votre santé! – Slate.fr

Vivre en altitude pourrait réduire les risques d’obésité

Vivre à la montagne pourrait aider à mieux contrôler son poids… C’est le résultat d’une étude publiée dans la revue PlosOne datée d’avril.

«Des études antérieures, réalisées sur la population générale, ont montré que les taux d’obésité sont 4 fois plus élevés dans les zones de basse altitude que dans celles de haute altitude, même si les raisons ne sont pas claires», explique le Blog Well du New York Times.

En effet, lInternational Journal of Obesity avait publié en janvier 2013 une étude concluant que la prévalence de l’obésité était, aux Etats-Unis, inversement associée à l’altitude, et ce en ayant ajusté les résultats avec d’autres facteurs comme la température, le régime, l’activité physique, la consommation de cigarettes et les facteurs démographiques.

Pour cette recherche-là, des militaires, hommes et femmes en surpoids, considérés comme «à risque», ont servi de sujets. Les chercheurs ont utilisé les données de plus de 98.000 personnes se déplaçant entre des missions en altitude (1.900 mètres et plus) et des endroits à basse altitude (moins de 960 mètres), pendant 6 années.

Après avoir ajusté les comparaisons (avec des facteurs de sexe, âge, etc.), le résultat montre que les militaires en surpoids en poste à des hautes altitudes avaient un risque 41% plus faible de progresser vers l’obésité que ceux qui n’était pas très haut au-dessus du niveau de la mer. Selon les auteurs, l’altitude permettrait donc de protéger une personne en surpoids de l’obésité.

Une explication suggérée par les chercheurs est que la production de certaines hormones, et notamment la leptine (qui intervient dans le contrôle de la satiété et la régulation des réserves de graisses) augmente en altitude, en lien avec l’hypoxie (situation dans laquelle les organes manquent d’oxygène, qui peut être liée à l’altitude). Vivre en hauteur pourrait donc selon eux modifier l’appétit…

Mais, avant d’utiliser ces résultats, il faudra encore «clarifier les mécanismes de cette relation» et évaluer les avantages et les inconvénients de l’altitude dans la prévention de l’obésité. 

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A votre santé! – Slate.fr

Les aliments qui provoquent des flatulences protègent notre flore intestinale

Lâcher quelques flatulences par jour pourrait être le modeste prix à payer pour être en bonne santé.

Selon le site de la radio publique américaine NPR, les légumes comme les brocolis, les choux, le très à la mode kale, les haricots et les lentilles augmentent au bout de seulement quelques jours le niveau de bactéries bénéfiques présentes dans la flore intestinale. Or ces bactéries produisent des gaz instestinaux: elles s’attaquent aux fibres et aux glucides que nous ne digérons pas et les rejettent sous forme de de dioxyde de carbone, d’hydrogène ou de méthane, la plupart du temps sans odeur. Quand elles rejettent du soufre en revanche, les gaz deviennent odorants.

Le gastro-entérologue Purna Kashyap se montre formel:

«Manger des aliments qui causent des gaz est la seule manière pour les bactéries de l’intestin d’obtenir des nutriments. Si nous ne les nourrissions pas avec des glucides, il serait plus difficile pour elles de vivre dans nos intestins.»

D’autant que ces pique-assiettes du colon intestinal, présent par milliers de milliards, créent des molécules qui renforcent le système immunitaire, protègent l’intestin et préviennent les infections.

«Oui, un régime plus riche en fibres produira plus de gaz. Mais éliminer les fibres ne devrait pas être la première option envisagée. Vous ne voudriez pas affamer vos bactéries.»

On estime qu’un individu normal expulse ainsi entre 14 et 18 gaz intestinaux chaque jour. A l’inverse, un régime riche en viande et en fromage peut altérer le type de bactéries présent dans les intestins et favoriser le risque d’inflammation et de maladies de l’intestin, selon une étude publiée dans Nature en décembre 2013.

Ces bienfaits d’une alimentation riche en légumes et en fibres viennent corroborer un nombre croissant de recherches sur le microbiote intestinal et son action sur la santé: déréglé, cet écosystème pourrait être responsable de l’obésité, d’attaques du foie ou encore de cancers du côlon.

Selon Laurent Beaugerie, gastro-entérologue et Harry Sokol, chercheur à l’Inserm et à l’Inra, cités par Le Figaro, des «études suggèrent par ailleurs que les bactéries intestinales pourraient envoyer des signaux au cerveau (et inversement) afin d’induire certains comportements que les chercheurs s’attellent déjà à mieux comprendre[…]». L’autisme et certaines maladies neurologiques pourraient ainsi être traitées en agissant sur ces bactéries…

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Que faire en cas d’envies pressantes?

Urgenterie. C’est le néologisme (d’origine anglo-saxonne) que viennent de forger les spécialistes de l’Association française d’urologie (AFU). L’urgenterie n’est rien d’autre qu’«un besoin brusque et difficilement contrôlable d’uriner». Il s’agit là d’une forme bien particulière d’incontinence, qui peut avoir plusieurs causes. «En temps normal, le besoin d’uriner augmente progressivement, explique l’AFU. Le contrôle conscient permet de différer la miction pour des raisons de convenance sociale ou d’environnement.»

Mais, précisément, les hommes et les femmes souffrant d’urgenterie ne parviennent plus à se retenir.

On distingue schématiquement trois grands types d’incontinence:

  • L’incontinence d’effort. C’est la forme la plus fréquente. Symptôme principal: fuite involontaire d’urine survenant à l’occasion d’un effort physique: toux, rire, exercice physique, rapports sexuels.
  • L’hyperactivité vésicale ou incontinence urinaire par «urgenterie». Elle survient lorsque le besoin d’uriner se manifeste brusquement, sans donner le temps d’arriver jusqu’aux toilettes. Cette manifestation correspond à une contraction involontaire de la vessie (sans que cette dernière soit forcément pleine), ce qui entraîne une vidange partielle ou complète des urines.
  • L’incontinence mixte. Elle associe les symptômes de plusieurs types d’incontinence, généralement l’incontinence d’effort et l’urgence mictionnelle.

L’hyperactivité vésicale se manifeste lorsque le muscle lisse de la vessie, appelé détrusor, se contracte alors que la vessie n’est pas encore pleine. Or, cette contraction a pour conséquence l’envoi d’un signal au cerveau, ce qui déclenche une envie d’uriner. Parfois, cette forme d’urgence mictionnelle exige davantage de visites aux toilettes que la normale. Chez certaines personnes, elle entraîne des écoulements involontaires d’urine.

Oser en parler

Comme pour toutes les incontinences, on imagine sans mal les conséquences de ces situations: retentissement important sur la qualité de vie, diminution des activités sociales, risque d’isolement, perturbations émotionnelles, troubles du sommeil, etc. Et ces différents handicaps sont accentués du fait de la difficulté rencontrée par les personnes concernées à en parler à leur entourage et à leur médecin. C’est là un obstacle d’autant moins opportun que des prises en charge efficaces sont possibles.

Face à une urgenterie, l’urologue proposera à son patient, dans un premier temps, de tenir un calendrier mictionnel. Il y indiquera les horaires de ses mictions, leur volume, les gouttelettes résiduelles et les éventuels symptômes qui y sont associés.

Arrêt du tabac

Ces données orienteront alors le diagnostic et permettront souvent de donner des conseils d’hygiène et de bon sens: changements alimentaires, réduction des apports en liquide contribuant aux symptômes (café, thé, boissons gazeuses), réduction du tabagisme (mieux: abandon du tabac) et perte de poids.

«Une atteinte vésicale comme une cystite ou un calcul vésical peuvent être à l’origine de ce symptôme handicapant, indique-t-on auprès de l’AFU. Il peut aussi s’agir de certaines maladies neurologiques, d’une sténose de l’urètre ou d’une hyperplasie bénigne de la prostate.»

Renforcer les muscles du périnée

Outre celui de la cause (si cause il y a), le traitement peut comprendre des exercices de physiothérapie, visant notamment à renforcer les muscles du périnée («exercices de Kegel»). Existent également la rééducation de la vessie (par l’établissement d’un horaire précis pour les mictions) et la rétroaction biologique (qui assure la sollicitation des bons muscles).

D’une manière générale, il existe des moyens pratiques d’améliorer le confort de vie des personnes incontinentes.

Jean-Yves Nau


A votre santé! – Slate.fr

Fumer du cannabis une fois par semaine modifie le cerveau

Une nouvelle étude scientifique vient de paraître sur les effets du cannabis sur le cerveau, et elle ne va pas plaire aux consommateurs récréatifs. S’il faut souligner que l’étude, effectuée par des chercheurs de la Northwestern University aux Etats-Unis et publiée dans le Journal of neuroscience, porte sur un nombre limité de volontaires (20 fumeurs et 20 non-fumeurs âgés de 18 ans à 25 ans), ses résultats apportent un nouvel éclairage sur les dangers potentiels de la consommation de cannabis.

Il s’agit d’une des premières études à s’intéresser aux effets sur le cerveau chez les fumeurs récréatifs, a déclaré le directeur de l’Institut national sur l’abus de drogue américain à Associated Press.

Dans un communiqué publié par l’univeristé de Northwestern, le co-auteur Hans Breiter explique les résultats:

«Les gens pensent qu’une consommation récréative ne devrait pas poser de problème tant que la personne s’en sort dans son travail ou ses études. Nos données montrent clairement que ce n’est pas le cas. […] Cette étude remet en question de manière importante l’idée selon laquelle une consommation occasionnelle de cannabis n’a pas de conséquences néfastes.»

L’étude a demandé aux volontaires d’estimer leur consommation de cannabis au cours des trois derniers mois, et montre que même ceux qui ne fumaient qu’une ou deux fois par semaine montraient des signes d’anomalies dans deux régions du cerveau, l’amygdale et le noyau accumbens, impliquées respectivement dans les émotions et la motivation, souligne le site Journal de la science. Hans Breiter a déclaré à Associated Press qu’il fallait maintenant mener d’autres études sur le plus long terme pour voir si les changements cérébraux entraînent des symptômes. 

Comme l’écrit le Washington Post, les attitudes culturelles autour du produit évoluent très rapidement aux Etats-Unis:

«La décriminalisation et la légalisation du cannabis, qui étaient inconcevables il y a seulement une génération, ont eu lieu dans plusieurs Etats au cours des dernières années. Des nouvelles industries ont vu le jour autour de la plante dans le Colorado et l’Etat de Washington depuis qu’il ont légalisé cette drogue.»

Ailleurs, l’Uruguay est devenu le premier pays à autoriser et contrôler tous les aspects de l’industrie, de l’importation à l’exportation en passant par la plantation, la culture, la récolte, la production, l’acquisition, le stockage, la commercialisation et la distribution du cannabis et de ses dérivés.

En France, l’ancien ministre de l’Intérieur Daniel Vaillant milite pour des mesures similaires afin notamment de mieux protéger la santé des consommateurs et d’éradiquer le trafic. Environ 1,2 million de Français sont des consommateurs réguliers et fument du cannabis au moins 10 fois par mois, tandis que 3,8 millions ont fumé au moins une fois dans l’année. 

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