Périménopause : faut-il déjà prendre des hormones ?

Cycles irréguliers, nuits agitées, humeur en dents de scie : la périménopause précède les dernières règles de plusieurs années. Recommandations récentes et essais cliniques éclairent une question fréquente, celle des hormones avant la ménopause.

Une étape enfin prise au sérieux

L’institut britannique NICE définit la périménopause comme la période d’ovulations et de cycles irréguliers qui précède la ménopause et se prolonge jusqu’à douze mois après les dernières règles. En France, l’Assurance Maladie situe la ménopause à 51 ans en moyenne et décrit une périménopause de 2 à 4 ans. Des travaux parus en octobre 2026 dans Nature Medicine, fondés sur plus de 300 millions d’analyses de laboratoire, suggèrent que les premiers signaux hormonaux surviennent bien plus tôt, jusqu’à quinze ans avant les dernières règles pour l’hormone anti-müllérienne.

Ces variations n’aident pourtant guère au diagnostic individuel. Au-delà de 45 ans, le NICE recommande de reconnaître une périménopause à partir des seuls symptômes, bouffées de chaleur et cycles irréguliers, sans examen biologique. Il déconseille même de recourir à l’hormone anti-müllérienne, à l’inhibine, à l’œstradiol ou au compte des follicules pour poser ce diagnostic, et réserve le dosage de l’hormone folliculo-stimulante (FSH) aux femmes de 40 à 45 ans. En cause, des taux qui fluctuent fortement d’un cycle à l’autre.

Cette phase gagne en visibilité. Le 9 octobre 2026, la revue JAMA a présenté un guide pratique publié dans Obstetrics & Gynecology, qui décrit la périménopause comme une période de fluctuations hormonales erratiques et invite les praticiens à préparer leurs patientes en amont, puis à leur proposer un traitement dès l’apparition des symptômes. Quelques jours plus tard, le 15 octobre, le Collège américain des gynécologues-obstétriciens (ACOG) publiait sa recommandation la plus complète sur la ménopause, qui remplace celle de 2014. Un an plus tôt, en novembre 2025, l’agence américaine du médicament avait retiré l’avertissement le plus sévère qui figurait sur les traitements hormonaux prescrits à la ménopause et à la périménopause.

Hormones avant la ménopause : une logique propre

Oui, des hormones sont déjà prescrites pendant la périménopause, mais leur raisonnement diffère de celui de la ménopause confirmée. Les ovaires fonctionnent encore, de façon irrégulière, et une grossesse reste possible. Une synthèse de l’Encyclopédie médico-chirurgicale rédigée par des gynécologues des CHU de Lille et de Caen rappelle que la fertilité décline inexorablement à ce stade, sans que le risque de grossesse devienne nul, ces grossesses étant considérées à risque sur le plan obstétrical. Les auteurs réservent la prise en charge aux femmes symptomatiques et la fondent principalement sur un traitement hormonal qui bloque l’axe ovarien, et protège donc aussi contre une grossesse, tout en compensant le manque d’œstrogènes. Le NICE recommande de son côté d’informer les femmes en périménopause sur la contraception.

La France a revu ses règles en octobre 2025. Après avoir réévalué les traitements hormonaux de la ménopause, la Haute Autorité de santé (HAS) a confirmé l’indication de la progestérone (Utrogestan) en préménopause, en complément d’un œstrogène. Elle a jugé que la chlormadinone, le nomégestrol et la médrogestone, longtemps prescrits à cette période, n’avaient plus leur place dans le traitement de la ménopause, en raison du risque de méningiome. La HAS préconise un bilan bénéfices et risques initial puis au moins annuel, la dose minimale efficace pendant la durée la plus courte possible, et une préférence pour la voie cutanée, associée à un moindre risque de thrombose et d’accident vasculaire cérébral, avec un niveau de preuve qu’elle juge peu robuste. D’après l’Agence nationale de sécurité du médicament, seules 4,4 % des femmes de 45 à 60 ans ont pris un traitement hormonal en 2025.

Les recommandations américaines vont plus loin. L’ACOG recommande fortement un traitement hormonal systémique contre les bouffées de chaleur et les troubles du sommeil qui en découlent, à initier avant 60 ans ou dans les dix ans suivant le début de la ménopause, et abandonne le principe de la dose la plus faible pendant le temps le plus court, que la HAS maintient. « Les idées reçues sur les risques du traitement hormonal ont malheureusement freiné certains médecins dans sa prescription et certaines patientes dans leur intérêt pour lui », explique Bruce Pier, coauteur de ce texte. L’ACOG juge en revanche les preuves insuffisantes pour recommander les hormones contre les symptômes dépressifs, alors que les antidépresseurs de type ISRS ou IRSN ont modérément amélioré la dépression dans une méta-analyse de 7 essais réunissant 1 676 femmes. Les risques demeurent : selon une revue Cochrane publiée en 2026, l’association d’un œstrogène et d’un progestatif pourrait accroître le risque de thrombose et augmente probablement celui de cancer du sein.

Progestérone, sport, nouvelles molécules : les autres pistes

La progestérone seule a fait l’objet d’un essai randomisé mené à l’université de Colombie-Britannique et publié en 2023 dans Scientific Reports. Chez 189 femmes de 35 à 58 ans en périménopause, 300 mg de progestérone micronisée au coucher pendant trois mois n’ont pas réduit significativement le score de bouffées de chaleur par rapport à un placebo. Les participantes traitées rapportaient toutefois moins de sueurs nocturnes et un meilleur sommeil, un critère secondaire évalué par elles-mêmes, sans hausse de la dépression.

Pour les femmes qui ne peuvent ou ne veulent pas prendre d’hormones, une nouvelle classe agit sur les centres cérébraux de la thermorégulation. L’élinzanétant, autorisé aux États-Unis en octobre 2025, a été évalué chez 32 femmes en fin de périménopause dans une analyse regroupant trois essais, présentée au congrès 2026 de la Menopause Society : après douze semaines, les épisodes de bouffées de chaleur avaient diminué de 9,68 avec le médicament contre 3,44 sous placebo, dans une analyse descriptive dépourvue de test statistique. L’ACOG estime par ailleurs que les données ne soutiennent ni l’efficacité ni la sécurité des phytoestrogènes, comme les isoflavones de soja, ni celles des compléments à base de plantes.

L’activité physique reste le levier le plus accessible. Une enquête menée auprès de plus de 1 800 utilisatrices de l’application Flo dans 87 pays, présentée au même congrès, associe une pratique plus fréquente à des symptômes moins lourds, surtout psychologiques. Ces résultats non ajustés appellent confirmation, mais la directrice médicale de la Menopause Society, Stephanie Faubion, juge cette stratégie peu risquée. Les règles abondantes, fréquentes à cette période, méritent enfin une attention particulière : dans une étude publiée en 2025 dans la revue Menopause, les femmes ayant connu au moins trois épisodes de saignements très abondants en six mois avaient 62 % de risque en plus de se sentir fatiguées, et les auteurs invitent à rechercher une carence en fer. De nouvelles recommandations de la HAS sur la ménopause sont attendues en 2027.

Newsletter

La lettre Santé Avis

Notre sélection d’articles sur la santé et le bien-être, directement dans votre boîte mail.