Uriner assis ou debout : un essai tranche enfin le débat

Faut-il s’asseoir ou rester debout pour se soulager ? Des urologues colombiens ont soumis 52 volontaires en bonne santé à un protocole rigoureux, et leur verdict devrait rassurer bien des hommes.

Un protocole croisé pour comparer les deux postures

La question divise les foyers, alimente les plaisanteries et suscite parfois des jugements tranchés. Pour y répondre avec méthode, une équipe du Colombian Urology Research Group a conduit un essai randomisé croisé, dont les résultats viennent de paraître dans la revue Neurourology and Urodynamics. Les chercheurs ont recruté 52 volontaires masculins âgés de 18 à 39 ans, sans trouble urinaire connu. Environ la moitié d’entre eux a commencé assise avant de passer à la station verticale, tandis que l’autre moitié suivait l’ordre inverse, le tirage au sort fixant la séquence. Un intervalle d’au moins vingt-quatre heures séparait les deux sessions, afin qu’une mesure n’influence pas la suivante.

À chaque miction, l’équipe a enregistré deux paramètres classiques de la débitmétrie : le débit maximal, soit la vitesse d’écoulement au pic du jet, et le volume total évacué. Aucun écart significatif n’est apparu entre les deux attitudes. Les auteurs concluent que, chez l’homme sain, la posture ne modifie ni la puissance maximale du flux ni la quantité d’urine expulsée.

Une seule nuance a été relevée. Debout, les participants mettaient très légèrement plus de temps à atteindre leur pic d’écoulement. Statistiquement significatif, ce décalage reposait en partie sur un unique sujet aux valeurs atypiques, et les investigateurs le jugent peu susceptible d’avoir une portée clinique.

Des travaux antérieurs fragiles

Ce nouvel essai comble des lacunes identifiées de longue date. En 2014, une méta-analyse de onze études parue dans PLOS ONE avait associé la station assise à une meilleure vidange vésicale, mais uniquement chez les hommes souffrant de symptômes du bas appareil urinaire. Chez les sujets indemnes, aucune différence liée à la posture ne ressortait. Les publications réunies dans cette synthèse portaient souvent sur de petits effectifs et ne randomisaient pas l’ordre des positions testées. L’équipe colombienne pointe une autre faiblesse : les recherches concluant à une absence d’effet réalisent rarement de véritables analyses d’équivalence, ce qui aboutit selon elle à des affirmations excédant ce que les données autorisent.

Ses résultats rejoignent l’analyse publiée en 2023 dans The Conversation par deux spécialistes de la physiologie de la vessie. « Quelle que soit la position, il ne semble y avoir aucune différence dans le temps nécessaire pour uriner, le débit et la vidange complète de la vessie », écrivaient Christian Moro et Charlotte Phelps. Ces chercheurs ajoutaient qu’en l’absence de gêne urinaire, chacun reste libre de son choix, à condition de bien viser lorsqu’il opte pour la verticale.

Prostate, culture et hygiène : ce qui change après 50 ans

Le tableau évolue lorsque des difficultés existent. Une enquête de l’université de Californie à San Francisco, publiée en 2020 et menée auprès de 195 hommes reçus en consultation, a montré que ceux qui préféraient s’asseoir signalaient davantage de symptômes urinaires. Cette association n’établit aucun lien de cause à effet : ces répondants adoptaient peut-être cette habitude précisément parce qu’ils éprouvaient déjà des troubles.

Passé la cinquantaine, nombre d’hommes voient leur prostate grossir, ce qui peut comprimer l’urètre et rendre l’évacuation plus laborieuse. L’urologue Rena Malik a expliqué sur sa chaîne YouTube que cette hypertrophie conduit certains patients à forcer, ou se traduit par un jet affaibli, deux situations qui compliquent la visée en restant debout. Prendre place sur la cuvette offrirait alors un bénéfice en matière de propreté, une piste qui demeure, de son propre aveu, purement théorique. Les données restent d’ailleurs contradictoires : une étude parue en 2020 dans l’American Journal of Men’s Health a observé, chez des patients atteints d’adénome prostatique, de meilleurs paramètres mictionnels en station verticale.

Reste la dimension sociale. D’après une enquête internationale réalisée en 2023 auprès de plus de 7 000 hommes, seuls 10 % des Américains déclarent s’asseoir systématiquement pour uriner, contre 40 % des Allemands. Outre-Rhin, le mot désignant cette pratique garde pourtant une connotation parfois injurieuse. Pour les hommes sans pathologie, la littérature disponible indique que ce choix relève avant tout du confort et de l’hygiène, et les auteurs colombiens l’affirment sans détour : un homme en bonne santé peut se soulager dans la posture qui lui convient.

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