Un jeu vidéo pour désamorcer les souvenirs traumatiques de la naissance

Une recherche qualitative suisse publiée dans Frontiers in Psychology a suivi dix-sept mères ayant reçu une séance unique mêlant récit de leur accouchement et parties de Tetris. La quasi-totalité décrit un recul des images intrusives liées à cet événement.

Une séance en deux temps, du service obstétrical à la manette

Un accouchement vécu comme violent peut laisser des séquelles psychiques durables. Environ 12 % des mères développent des symptômes de stress post-traumatique après la mise au monde de leur enfant, parmi lesquels des reviviscences involontaires, ces scènes sensorielles qui ressurgissent sans crier gare et que le grand public nomme souvent flash-backs. L’équipe conduite par Déborah Fort et Antje Horsch, de l’Institut universitaire de formation et de recherche en soins de l’Université de Lausanne, s’est intéressée à la façon dont les femmes concernées vivent une prise en charge encore peu connue et à ce qu’elles en retirent.

Le dispositif tient en une rencontre d’environ une heure. Les participantes retournent d’abord au service où elles ont mis leur bébé au monde pour y raconter brièvement leur histoire, une dizaine de minutes durant. Elles rejoignent ensuite une pièce neutre et jouent au jeu vidéo Tetris pendant vingt minutes. L’idée théorique : réactiver le souvenir pour le rendre momentanément malléable, puis mobiliser la mémoire visuelle par une tâche visuospatiale qui vient concurrencer sa reconstruction. Les femmes n’étaient pas averties à l’avance du retour sur les lieux ni de la nature du jeu, afin de préserver la spontanéité de leurs impressions. Cette séance unique avait déjà donné des résultats prometteurs dans une étude pilote antérieure, avec une baisse médiane de 82 % du nombre de reviviscences.

Des images qui perdent leur emprise

Le retour dans la salle a été éprouvant pour la plupart des femmes interrogées, entre stress, tristesse et sentiment de déstabilisation. Beaucoup y ont pourtant vu un moment porteur de sens, mêlant émotion, curiosité et parfois une forme de réappropriation. La présence de la clinicienne à leurs côtés a fréquemment été citée comme un appui. Le passage par Tetris a suscité une tout autre réaction : d’abord surprises, voire dubitatives quant à l’intérêt d’un jeu à ce stade, quatorze des dix-sept participantes l’ont finalement trouvé stimulant et douze l’ont décrit comme apaisant, un sas de décompression après l’intensité du récit.

Le constat le plus net concerne la fréquence des reviviscences, en recul chez quinze des dix-sept mères, deux d’entre elles n’en éprouvant plus du tout. Au delà du nombre, la charge émotionnelle attachée à ces scènes s’est allégée pour douze participantes, et huit ont signalé une atténuation du sentiment que la scène se rejoue au présent. Certaines racontent des souvenirs plus brefs, réduits à une image fixe plutôt qu’à une séquence filmée. Une femme résume ce basculement d’une formule qui a donné son titre à l’article.

« Ce ne sont plus vraiment des flash-backs, je crois, ce sont des souvenirs », confie une participante (P06).

Nombre de mères évoquent aussi une plus grande acceptation de leur vécu, un sentiment de reprise de contrôle et, pour cinq d’entre elles, la possibilité désormais envisageable d’une nouvelle grossesse. Des bénéfices annexes sont rapportés de façon plus dispersée : meilleur sommeil, regain d’énergie, cauchemars moins nombreux.

Ce à quoi les mères attribuent le changement

Fait notable, aucune participante n’a spontanément désigné le mécanisme visé par les concepteurs, la réécriture du souvenir via l’interférence visuelle, comme moteur de son amélioration. Dix femmes ont plutôt mis en avant le simple fait de parler et d’écrire au sujet de leur naissance, comme si la mise en mots portait l’essentiel de l’effet thérapeutique. Le retour physique sur les lieux et la combinaison récit-Tetris ont également été crédités par plusieurs d’entre elles. Les auteurs y voient le signe que des facteurs dits non spécifiques, telle la qualité de la relation avec l’intervenante ou l’occasion enfin offerte de raconter l’événement, pèsent lourd dans les bénéfices ressentis.

Les chercheuses appellent toutefois à la prudence. La psychologue qui menait les entretiens avait aussi délivré l’intervention, ce qui peut avoir poussé les participantes à enjoliver leur bilan. Quinze des dix-sept femmes retenues faisaient partie des cas d’amélioration, ce qui limite la portée des résultats pour celles que la séance n’a pas soulagées. Certaines rattachent d’ailleurs leur mieux-être au temps écoulé ou à d’autres évènements de vie plutôt qu’à la prise en charge elle-même. Aucune causalité ne peut être établie à ce stade, mais ce premier recueil de témoignages éclaire le vécu d’une approche brève dont le déploiement plus large reste à évaluer.

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