Un fruit tropical géant au service de la régénération des gencives

Des chercheurs brésiliens ont combiné le latex de jacquier, l’extrait de pelure de grenade et la simvastatine pour créer un biomatériau prometteur contre la parodontite.

Prévalence mondiale

Plusieurs centaines de millions

Ostéoinduction observée

14–21 jours

Concentrations testées

0,3 % · 0,6 % · 1,2 %

La parodontite touche des centaines de millions de personnes à travers le monde et demeure l’une des principales causes de perte dentaire chez l’adulte. La maladie s’installe lorsque des bactéries s’accumulent autour des gencives, déclenchant une réponse immunitaire persistante qui finit par détruire le ligament parodontal et l’os alvéolaire — des structures que l’organisme peine à régénérer spontanément.

Les traitements actuels parviennent à freiner la progression de la maladie en réduisant la charge bactérienne, mais la reconstruction des tissus perdus reste un défi majeur. Même les interventions avancées, telles que les greffes osseuses ou la régénération tissulaire guidée, produisent des résultats variables — ce qui souligne la nécessité d’approches thérapeutiques plus efficaces.

Trois ingrédients, une seule matrice adhésive

Des chercheurs de la Faculté des sciences médicales et de la santé de l’Université pontificale catholique de São Paulo (PUC-SP) ont orienté leurs travaux vers une ressource naturelle peu étudiée en biomédecine : le latex extrait du jacquier. Ce latex possède une propriété clé — son adhérence naturelle aux surfaces biologiques — qui permet au biomatériau de maintenir un contact prolongé avec les tissus gingivaux malades, au lieu d’être rapidement éliminé par la salive.

« Nous avons commencé à considérer le latex extrait du jacquier comme une alternative intéressante en raison de ses propriétés adhésives. Cela nous a amenés à croire qu’il pourrait rester plus longtemps sur le site affecté par la parodontite, favorisant une libération plus ciblée des composés thérapeutiques. »

— Pr Eliana Aparecida de Rezende Duek, Département de chirurgie, PUC-SP

Ce latex a été associé à l’extrait de pelure de grenade, reconnu pour son activité antimicrobienne, et à la simvastatine — un médicament prescrit pour réduire le cholestérol, mais de plus en plus étudié pour ses propriétés anti-inflammatoires et sa capacité à stimuler la formation osseuse. Ces trois composants forment une matrice mucoadhésive appliquée directement sur les zones endommagées.

Traitement local pour éviter les effets systémiques

Lorsque la simvastatine est prise par voie orale, la majorité de la molécule est métabolisée par le foie avant d’atteindre la circulation générale. Pour produire un effet ailleurs dans l’organisme, des doses élevées deviennent nécessaires — or celles-ci augmentent le risque d’effets indésirables, notamment des lésions musculaires graves. L’application directe sur le tissu gingival contourne ce premier passage hépatique et concentre l’action là où elle est requise.

Des résultats encourageants sur cellules souches

Les formulations ont été évaluées sur des cellules souches adipeuses humaines. Aucune des concentrations testées n’a altéré la structure du gel. Plus significatif : chacune d’elles a favorisé l’ostéoinduction, c’est-à-dire la différenciation des cellules souches en cellules formatrices d’os. L’effet était déjà perceptible au quatorzième jour et se renforçait au vingt et unième jour — une perspective particulièrement notable, sachant que la destruction osseuse représente l’une des conséquences les plus sévères de la parodontite.

L’étude, soutenue par la FAPESP, a été publiée dans la revue Polymer Bulletin en mars 2026. Les auteurs soulignent que ces travaux en sont encore au stade préclinique et que des investigations supplémentaires resteront nécessaires avant toute application clinique.