Canicule : huit familles de médicaments qui majorent le risque de malaise

Sous l’effet de la chaleur, certains traitements courants entravent la capacité du corps à se refroidir. L’Agence du médicament rappelle lesquels surveiller de près et pourquoi l’automédication devient particulièrement risquée.

Quand le médicament dérègle le thermostat

Pour maintenir sa température interne autour de 37°C, l’organisme dilate les vaisseaux de la peau et évacue la chaleur par l’évaporation de la sueur. Cette thermorégulation peut se gripper sous l’influence de nombreux traitements, comme le signale l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Certaines molécules agissent au cœur même du cerveau : les neuroleptiques et une partie des antidépresseurs perturbent le contrôle de la température assuré par l’hypothalamus, tout en émoussant la sensation de soif, si bien que la personne ne songe plus à boire. D’autres bloquent la réponse en périphérie, en freinant la transpiration ou la dilatation des vaisseaux.

La déshydratation aggrave encore l’équation. Les pathologies liées à la chaleur ont provoqué plus de 17 000 recours aux soins d’urgence durant l’été 2024, d’après Santé publique France. Or une perte d’eau réduit le volume sanguin et concentre mécaniquement les principes actifs, ce qui peut faire surgir des effets indésirables toxiques ou de violents maux de tête.

Diurétiques, neuroleptiques, anti-inflammatoires : les classes à surveiller

Les diurétiques, prescrits contre l’hypertension ou les œdèmes, accentuent une perte hydrique déjà creusée par la transpiration et exposent à l’insuffisance rénale aiguë ou à l’hyponatrémie, d’où l’utilité d’un suivi rapproché du poids et de la tension. Les neuroleptiques employés en psychiatrie ou dans la maladie de Parkinson, tels l’halopéridol ou la rispéridone, dérèglent le thermostat cérébral et peuvent déclencher une hyperthermie maligne, une urgence vitale. Les anticholinergiques, présents dans certains antidépresseurs, antihistaminiques ou antispasmodiques urinaires, coupent la production de sueur et privent le corps de son principal moyen de refroidissement.

Les anti-inflammatoires posent un problème voisin : l’aspirine à forte dose et les AINS comme l’ibuprofène malmènent des reins déjà mis à contribution pour retenir l’eau, ce qui invite à leur préférer le paracétamol aux doses recommandées. Les bêta-bloquants, en bridant l’accélération du rythme cardiaque dont le corps a besoin pour évacuer la chaleur, entravent l’adaptation cardiovasculaire et masquent les premiers signes d’alerte du coup de chaleur. Quant aux triptans utilisés contre la migraine, ils resserrent les vaisseaux et gênent la dilatation nécessaire pour dissiper la chaleur vers l’extérieur.

Concentration toxique et bons réflexes de conservation

Une dernière catégorie de traitements devient dangereuse par simple effet de concentration. Faute d’eau, le sang moins dilué fait grimper les taux de lithium, de digoxine ou de certains antiépileptiques vers des seuils toxiques, un basculement que trahissent tremblements, nausées ou confusion et qui impose une prise en charge immédiate. La lévothyroxine, en relançant le métabolisme de base, ajoute pour sa part une production de chaleur interne que l’organisme doit dissiper en plus de la température ambiante, une raison de garder au frais les personnes traitées.

Devant ces risques, une règle prime : ne jamais ajuster seul son traitement, toute modification de posologie relevant du médecin ou du pharmacien. Un point pratique mérite aussi l’attention : les formes liquides et les patchs se dégradent au delà de 30°C, ce qui rend leur conservation à l’abri de la chaleur indispensable pour préserver leur efficacité.