La Société européenne de cardiologie tire la sonnette d’alarme dans un article publié le 7 mai dans The European Heart Journal. La relation entre consommation d’aliments ultratransformés et maladies cardiovasculaires n’est plus une intuition épidémiologique elle repose désormais sur une accumulation de données robustes qui dessinent une relation dose-réponse claire. Plus la part de ces produits dans l’alimentation est élevée, plus le risque augmente.
En France, les aliments ultratransformés représentent près de 30 % de l’apport alimentaire quotidien des adultes. Chez les enfants, cette proportion grimpe à 49 %. Ces chiffres traduisent une reconfiguration profonde de l’alimentation sur deux générations et les cardiologues européens estiment que leurs conséquences sanitaires ne peuvent plus être reléguées au rang de préoccupation secondaire.
Qu’est-ce qu’un aliment ultratransformé ? La classification Nova comme référence
La classification Nova, aujourd’hui la plus utilisée dans la recherche en épidémiologie nutritionnelle, répartit les aliments en quatre groupes selon leur degré de transformation. Les produits ultratransformés constituent le groupe 4 : des formulations industrielles élaborées à partir d’ingrédients raffinés, d’additifs et de procédés de fabrication complexes, sans équivalent dans une cuisine domestique. Boissons gazeuses, chips, viandes transformées, plats préparés, céréales de petit-déjeuner, yaourts aux fruits : autant de produits dont les listes d’ingrédients mélangent émulsifiants, édulcorants et colorants.
104 études, 93 associations positives : l’état des preuves
La méta-analyse publiée fin 2025 sous la direction de la professeure Mathilde Touvier, directrice de l’équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle, synthétise l’ampleur du corpus scientifique disponible. Sur 104 études analysées, 93 établissent une association positive entre consommation d’aliments ultratransformés et risque de maladie. Les pathologies les mieux documentées sont l’obésité, le diabète de type 2 et les maladies cardiovasculaires.
| +13 à 19 % d’augmentation du risque de maladie coronarienne associée à une consommation élevée d’aliments ultratransformés, selon les cohortes |
+5 % de risque de fibrillation auriculaire supplémentaire pour chaque hausse de 10 % de la part d’ultratransformés dans l’alimentation |
+9 à 65 % de risque de mortalité cardiovasculaire supplémentaire estimé chez les plus gros consommateurs selon les études |
Trois mécanismes qui s’additionnent
Le risque cardiovasculaire lié aux ultratransformés ne s’explique pas par un seul facteur. Les chercheurs ont identifié une cascade de mécanismes qui se cumulent et s’amplifient mutuellement.
| Profil nutritionnel délétère Ces produits concentrent gras, sucre et sel — précisément les trois composantes que la prévention cardiovasculaire cherche à limiter. Ils tendent également à se substituer aux fruits, légumes et aliments peu transformés, creusant les déséquilibres nutritionnels et favorisant la prise de poids ainsi que les troubles métaboliques. |
Additifs, microbiote et inflammation Les données issues de la cohorte NutriNet-Santé montrent qu’un nombre croissant d’additifs sont associés à une hausse du risque de maladies cardiovasculaires. Ces substances perturberaient la composition du microbiote intestinal et entretiendraient un état inflammatoire chronique, deux phénomènes impliqués dans la physiopathologie de l’athérosclérose. |
Contaminants industriels et emballages Les procédés industriels eux-mêmes peuvent générer des composés néoformés potentiellement nocifs. Les emballages plastiques exposent par ailleurs à des contaminants chimiques — phtalates, bisphénols — dont le rôle dans les troubles métaboliques et cardiovasculaires fait l’objet d’une attention scientifique croissante. |
« Ces aliments concentrent tout ce que l’on cherche à limiter en prévention cardiovasculaire : le gras, le sucre et le sel. Des études à apport calorique égal montrent déjà une prise de poids et des perturbations lipidiques — preuve que le problème va au-delà du simple excès nutritionnel. »
— Pr Atul Pathak, cardiologue, Centre hospitalier de Luxembourg & Pr Mathilde Touvier, épidémiologiste nutritionnelle
Une relation dose-réponse : plus on en consomme, plus le risque augmente
L’un des apports les plus solides de la méta-analyse réside dans la démonstration d’une relation dose-réponse entre consommation d’ultratransformés et risque cardiovasculaire. Ce type de relation où l’augmentation de l’exposition s’accompagne d’une augmentation proportionnelle du risque constitue l’un des critères de causalité les plus robustes en épidémiologie. La réciproque est également documentée : réduire la part d’ultratransformés dans l’alimentation s’accompagne d’une amélioration mesurable des indicateurs de santé cardiovasculaire.
Ce que la Société européenne de cardiologie recommande
Face à ce tableau, la Société européenne de cardiologie structure ses recommandations sur trois niveaux d’intervention complémentaires.
| Faire évoluer l’étiquetage Intégrer la notion d’ultratransformation au Nutri-score, par l’ajout d’une mention explicite et visible. La professeure Touvier a testé ce dispositif dans une étude à grande échelle : une indication « Ultratransformé » directement sur l’emballage améliore significativement la lecture des consommateurs. |
Agir sur l’environnement alimentaire Renforcer l’éducation nutritionnelle, encadrer la publicité pour les ultratransformés — en particulier celle ciblant les enfants — et améliorer l’accès géographique et économique aux aliments peu transformés dans les zones les plus exposées. |
Intégrer ce conseil en consultation Les cardiologues sont invités à aborder systématiquement la question des ultratransformés avec leurs patients. Objectifs concrets : privilégier les produits bruts, cuisiner davantage, remplacer les boissons sucrées par de l’eau. Des messages simples, mais encore trop peu intégrés aux consultations de prévention. |
Sur 104 études analysées dans la méta-analyse de référence, 93 établissent un lien entre consommation d’aliments ultratransformés et risque accru de maladies. Le risque de maladie coronarienne augmente de 13 à 19 %, celui de fibrillation auriculaire de 5 % par tranche supplémentaire de 10 % d’ultratransformés dans l’alimentation, et la mortalité cardiovasculaire peut progresser de 9 à 65 % chez les plus gros consommateurs. Le mécanisme est multifactoriel profil nutritionnel défavorable, perturbation du microbiote, contaminants industriels et suit une relation dose-réponse. La réduction de la place de ces produits dans l’alimentation reste l’objectif central, à poursuivre simultanément par l’étiquetage, la politique publique et le conseil médical individualisé.
