Plus de neuf adultes concernés sur dix dissimulent leurs symptômes pour s’intégrer. Une étude canadienne révèle ce que cette stratégie de survie leur coûte en énergie et en santé mentale.
Faire semblant pour s’intégrer
Feindre l’attention, réprimer l’envie de bouger, répéter à l’avance ses conversations ou se surpréparer avant une réunion : voilà quelques-unes des tactiques déployées au quotidien par les adultes vivant avec un trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité. Une étude parue en juin 2026 dans la revue Research in Neurodiversity, menée par Marisa L. Mylett et ses collègues de l’Université Simon Fraser, au Canada, en mesure l’ampleur. Auprès de 202 participants interrogés sur leurs motivations, leurs méthodes et les répercussions de ce camouflage, plus de 91 % ont reconnu masquer leurs symptômes à un degré ou à un autre.
Ce masquage se déploie au travail, dans les lieux publics comme dans la sphère intime, avec un objectif double : paraître compétent et sympathique, mais aussi échapper au jugement, au rejet ou à la discrimination. Les stratégies les plus courantes consistent à faire semblant, à imiter les autres, à se surpréparer, à éviter les situations sociales, à contenir des impulsions comme l’agitation ou l’envie d’interrompre, voire à recourir à l’automédication.
Un effort qui épuise et se retourne contre soi
Si cette dissimulation facilite les échanges du jour au jour, elle se paie cher. L’étude relie le camouflage à l’épuisement, à l’anxiété, à la dépression et à une faible estime de soi, auxquels s’ajoutent un sentiment d’inauthenticité, le syndrome de l’imposteur et un flou identitaire. Fait notable, l’effort cognitif exigé pour tenir ce rôle tend à aggraver les difficultés mêmes que l’on cherche à cacher, en pesant sur l’attention, la mémoire et la concentration. Certains participants se décrivent irritables ou anxieux et disent avoir besoin de plusieurs jours pour récupérer après une période de camouflage intense.
La chercheuse résume le dilemme vécu par les personnes concernées.
« Les stratégies de camouflage peuvent vous aider à vous faire une place au travail ou dans vos relations, mais elles laissent souvent les gens épuisés, déconnectés de leur véritable personnalité et moins proches des autres », explique Marisa L. Mylett.
Un fardeau qui ne devrait pas reposer sur l’individu
Au delà de la fatigue, ce réflexe a des conséquences sur le parcours de soin : en rendant les symptômes moins visibles, il peut retarder le diagnostic et éloigner du soutien nécessaire. Ancré parfois dès l’enfance à la suite d’expériences de stigmatisation, le camouflage demande beaucoup de temps et d’efforts pour être désappris. Les auteurs insistent pourtant sur un point : la charge du changement ne devrait pas incomber aux seules personnes concernées, mais appeler la société à réduire la stigmatisation et à mieux accepter la diversité des fonctionnements neurologiques.
Ce phénomène n’est pas propre au TDAH. Une étude de 2017 citée par les chercheurs avait déjà mis en évidence un camouflage social comparable chez les personnes autistes. Ce mécanisme de compensation pourrait par ailleurs expliquer une partie du sous-diagnostic observé chez les femmes, plus enclines à masquer leurs symptômes.

