Constipation, syndrome de l’intestin irritable, troubles du transit : une analyse portant sur près de deux millions de personnes établit un lien net entre le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité et les problèmes gastro-intestinaux, un aspect encore trop peu pris en compte en consultation.
Une association confirmée par une vaste méta-analyse
Des chercheurs de l’University of Warwick ont analysé les données de plus de 1,9 million de personnes, issues de 23 études menées dans plusieurs pays, dont les États-Unis, la Suède, l’Allemagne et la Corée du Sud, couvrant des participants âgés de 2 à 65 ans. Publiés dans le Journal of Attention Disorders, ces travaux constituent la première revue systématique consacrée spécifiquement aux symptômes digestifs chez les personnes atteintes de TDAH.
Le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité concernerait environ 5 % des enfants et 3 à 4 % des adultes dans le monde, un taux de diagnostic en forte hausse depuis quarante ans. Des troubles digestifs sont déjà bien documentés dans les troubles du spectre autistique, avec un corpus de preuves croissant suggérant l’existence d’un axe intestin-cerveau reliant plus largement la santé digestive aux troubles neurodéveloppementaux. L’ampleur de ce lien restait cependant mal établie dans le cas spécifique du TDAH.
Des troubles digestifs particulièrement fréquents
Les résultats montrent que le TDAH est associé à une augmentation de près de 50 % de l’ensemble des symptômes gastro-intestinaux, comparé aux personnes sans ce trouble. Cette association se révèle encore plus marquée pour certains problèmes précis : les personnes concernées présentent des probabilités de constipation près de deux fois plus élevées, une augmentation de 58 % du risque de syndrome de l’intestin irritable, et des probabilités plus de quatre fois supérieures de souffrir d’encoprésie, une perte du contrôle des selles.
Sarah Blake, co-autrice principale de l’étude et étudiante en médecine à la Warwick Medical School, résume que quasiment tous les symptômes digestifs examinés, de la constipation au syndrome de l’intestin irritable en passant par les indigestions, semblent associés au TDAH. Elle souligne que ces symptômes peuvent avoir un impact réel sur le quotidien des personnes concernées, mais risquent d’être négligés lorsque l’attention se concentre uniquement sur le trouble de l’attention lui-même.
Des pistes explicatives, entre axe intestin-cerveau et effets des traitements
Les raisons précises de ce lien restent à éclaircir, mais les chercheurs avancent plusieurs pistes. Certains traits associés au TDAH, comme l’impulsivité ou des habitudes alimentaires irrégulières, pourraient contribuer à l’apparition de symptômes digestifs. Les médicaments utilisés dans le traitement du TDAH sont par ailleurs connus pour provoquer des effets secondaires digestifs, dont la constipation. Des travaux antérieurs ont également mis en évidence des différences dans la composition du microbiote intestinal chez les personnes avec TDAH, susceptibles d’agir sur le cerveau via le nerf vague, une voie de communication majeure entre l’intestin et le système nerveux central.
Les chercheurs insistent sur le fait que ces résultats établissent une association statistique, et non une preuve que le TDAH provoque directement des troubles digestifs. Ils appellent à des recherches supplémentaires afin de distinguer la part des facteurs biologiques de celle liée aux effets des traitements médicamenteux. Le docteur Saran Shantikumar, professeur clinicien associé à la Warwick Medical School, précise qu’il n’est pas encore possible d’affirmer que le TDAH cause ces troubles digestifs, ni d’identifier avec certitude ce qui sous-tend ce lien, mais que la régularité du constat justifie d’y prêter attention. Il ajoute que les professionnels de santé suivant des patients atteints de TDAH pourraient envisager de les interroger systématiquement sur d’éventuels symptômes gastro-intestinaux, en particulier lorsque ceux-ci affectent leur qualité de vie.
Face à des tableaux cliniques plus complexes, les chercheurs recommandent également d’orienter certains patients vers un diététicien ou un gastro-entérologue, afin d’assurer une prise en charge plus complète de cette dimension encore trop souvent reléguée au second plan dans le suivi du TDAH.

