Lp(a) : la prise de sang que les cardiologues français aimeraient voir généralisée

Un Français sur cinq porte, sans le savoir, un taux élevé d’une particule sanguine qui multiplie le risque d’infarctus et d’AVC. Un test simple permet de le repérer, mais il reste marginal dans les cabinets médicaux.

Une particule héréditaire que le bilan lipidique classique ignore

La lipoprotéine(a), abrégée Lp(a), circule dans le sang de chaque individu, mais à des concentrations très variables d’une personne à l’autre. Selon la Nouvelle Société Francophone d’Athérosclérose (NSFA), cette particule associe une lipoprotéine de basse densité à une protéine appelée apolipoprotéine(a), et sa concentration est déterminée presque exclusivement par la génétique. Contrairement au cholestérol LDL, elle ne réagit ni à l’alimentation, ni à l’activité physique, ni au tabac.

Le problème tient à sa nature même. Plus collante que les autres formes de cholestérol, la Lp(a) adhère facilement aux parois des vaisseaux sanguins. En s’accumulant, elle favorise la formation de plaques susceptibles d’obstruer la circulation vers le cœur ou le cerveau, et augmente aussi le risque de caillots. Une association reconnue de longue date par la communauté cardiologique, puisque la particule a été identifiée dès 1963 par le chercheur norvégien Kåre Berg, avant d’être formellement reconnue comme facteur de risque cardiovasculaire.

Or le bilan lipidique prescrit en routine, celui qui mesure cholestérol total, LDL, HDL et triglycérides, ne dose pas la Lp(a). Il faut une analyse spécifique, prescrite à part, pour la détecter.

Un dosage existant mais toujours à la charge du patient

C’est là que le bât blesse en France. Le dosage de la Lp(a) n’est actuellement pas remboursé par l’Assurance Maladie, alors que les recommandations européennes de la Société européenne de cardiologie, relayées par la NSFA, préconisent qu’il soit réalisé au moins une fois dans la vie de chaque adulte. Son coût, de l’ordre d’une vingtaine d’euros selon les données publiées par l’association Agir pour le cœur des femmes, reste modeste, mais son absence de prise en charge freine sa prescription systématique.

La NSFA cible plus précisément certaines situations où le test devrait être proposé sans attendre une généralisation : antécédent personnel de maladie coronarienne précoce, hypercholestérolémie familiale, antécédents familiaux d’athérosclérose ou de rétrécissement aortique survenus jeune, et épisodes de thrombose inexpliqués. Un taux élevé chez un patient doit aussi conduire à tester ses apparentés directs, parents, frères, sœurs et enfants, puisque la transmission est héréditaire.

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Les seuils retenus varient selon les sociétés savantes, mais l’ordre de grandeur communément admis situe le risque accru au-delà de 50 mg/dL, soit environ 100 nanomoles par litre, avec un risque nettement majoré au-delà de 250 nanomoles par litre. À concentration égale, une revue publiée dans la revue Circulation en 2025 estime la Lp(a) jusqu’à cinq à six fois plus athérogène que le LDL.

Que faire une fois le taux élevé connu

L’absence de médicament capable de faire baisser directement la Lp(a) demeure la principale limite de ce dépistage. Aucun traitement hypolipémiant classique, statines comprises, n’agit sur cette particule spécifiquement. Face à un taux élevé, les médecins intensifient en général la prise en charge des autres facteurs de risque modifiables, tension artérielle, LDL, tabac, et renforcent la surveillance cardiologique, notamment celle de la valve aortique.

Le paysage thérapeutique pourrait toutefois évoluer rapidement. Un essai de phase 2 portant sur le lépodisiran, un ARN interférent ciblant la production hépatique de Lp(a) par le foie, a montré une réduction moyenne de 93,9 % du taux circulant par rapport au placebo, selon les résultats publiés dans le New England Journal of Medicine et menés auprès de 320 adultes répartis dans dix pays. Ce composé fait désormais l’objet d’un programme de phase 3 baptisé ACCLAIM-Lp(a), destiné à vérifier s’il réduit aussi les événements cardiovasculaires eux-mêmes, et non plus seulement le marqueur biologique.

En attendant ces éventuelles avancées thérapeutiques, connaître son taux reste, selon la NSFA, la première étape utile : elle permet de reclasser certains patients dans une catégorie de risque supérieure et d’ajuster en conséquence la surveillance et le traitement des autres facteurs cardiovasculaires. Comme le résume un cardiologue cité par la revue Circulation lors d’une analyse récente sur le sujet, la particule est aujourd’hui considérée comme « un facteur de risque indépendant et bien établi de maladie cardiovasculaire athéroscléreuse ».