Un malaise chez les riches ?

Rachel Sherman, chercheure en sociologie à la New School for Social Research a mené des entrevues avec 50 personnes riches de New York, des parents avec des enfants à la maison, afin d’examiner leur choix de mode de vie et leur compréhension de leur situation privilégiée.

Les résultats de son analyse sont publiés dans un livre, « Uneasy Street: The Anxieties of Affluence » (2017), et dans l’American Journal of Cultural Sociology.

Presque toutes les personnes interviewées se situaient dans le premier 1 % ou 2 % de la population en termes de revenus ou de richesse, ou les deux.

Ces « élites libérales », croyant à la diversité et à la méritocratie, se sentent en conflit en ce qui concerne leur position dans une société très inégale, rapporte la chercheure. Ils expriment une profonde ambivalence à s’identifier comme riches, écrit-elle dans le New York Times.

Les personnes interrogées, souligne-t-elle, n’ont jamais dit qu’elles étaient « riches » ou « de classe supérieure », préférant souvent des termes comme « confortables » ou « chanceuses », voire même « de classe moyenne » ou « au milieu », se comparant typiquement aux super-riches plutôt qu’à ceux qui ont moins.

Bien que leurs expériences diffèrent en fonction de divers facteurs, notamment celui du mode d’acquisition de leurs richesses (gagnées ou héritées), ces élites se présentaient généralement comme des gens « normaux » qui travaillent dur, dépensent raisonnablement et prudemment, redonnent à la société et élèvent leurs enfants avec de bonnes valeurs, ce qu’ils illustraient en racontant des aspects ordinaires de leur quotidien et de leurs soucis.

Ils se distanciaient ainsi des stéréotypes courants selon lesquels les riches sont ostentatoires, égoïstes, snobs et croient que les choses leur sont dues. De sorte que leurs récits, souligne la chercheure, mettaient justement en lumière un stigmate moral associé au privilège.

Soucieux de ne pas élever des enfants pour qui tout serait dû, ces parents décrivent l’emploi de stratégies de contraintes (comportementales et matérielles) et d’exposition (à des personnes socialement moins favorisées) afin de favoriser qu’ils deviennent de « bonnes personnes » moralement. Mais ces stratégies sont en tension avec une autre préoccupation parentale importante : l’expansion du potentiel personnel et des opportunités. Avec pour résultat, bien que pas tout à fait intentionnellement, qu’ils cultivent un habitus de privilèges, plutôt que de limiter significativement les avantages matériels ou expérientiels de leurs enfants.

L’argent et la classe sociale sont des sujets qui ne sont jamais abordés socialement, rapportaient les interviewés.

« Cette norme sociale, apparemment neutre, selon laquelle l’argent est un sujet dont on ne parle pas, est l’une des façons dont les personnes privilégiées peuvent occulter leurs avantages et leurs conflits au sujet de ces avantages », souligne la chercheure.

« Se taire au sujet de la classe sociale, une norme qui va bien au-delà des riches, peut donner aux Américains l’impression que la classe sociale n’a pas d’importance ou ne devrait pas en avoir. Et juger les gens riches sur la base de leurs comportements individuels – travaillent-ils assez fort, consomment-ils assez raisonnablement, donnent-ils assez – nous détourne d’autres types de questions sur la moralité d’une répartition extrêmement inégale de la richesse. »

Les façons dont ces riches new-yorkais identifient et évitent la stigmatisation « sont révélatrices de la façon dont l’inégalité économique est cachée, justifiée et maintenue dans la vie américaine ». Ce qui importe, c’est ce que les gens font et ressentent, et non ce qu’ils ont.

« Nous devrions parler non pas de la valeur morale des individus, mais de la valeur morale d’arrangements sociaux particuliers. Devrait-il y avoir une rubrique morale qui viserait une société dans laquelle de tels niveaux élevés d’inégalité sont moralement inacceptables, indépendamment de la gentillesse ou de la modération de ses bénéficiaires ?  »

Les 10 % qui ont les revenus les plus élevés gagnent plus de 50 % des revenus à l’échelle nationale et les 1 % les mieux rémunérés, plus de 20 %, rappelle l’auteure.

Sherman a aussi publié Class Acts : Service and Inequality in Luxury Hotels (2007).

9 différences psychologiques entre les riches et les pauvres

Pour plus d’informations, voyez les liens plus bas.

Psychomédia avec sources : New York Times, Princeton Press, American Journal of Cultural Sociology
Tous droits réservés.

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