Les organismes communautaires étouffent, alerte un chercheur (Québec)

Les organismes communautaires québécois du secteur de la santé et des services sociaux « étouffent littéralement », selon Christian Jetté, professeur à l’École de travail social de l’Université de Montréal.

Leur sous-financement pose un défi quant au maintien de leurs activités. « Les hausses des subventions qui leur ont été versées ces dernières années sont alignées sur des indexations qui sont de l’ordre de 1 %, ce qui est nettement en deçà de l’augmentation du coût de la vie. »

Le Québec compte 8000 organismes communautaires, dont 5000 sont en partie ou en totalité financés par l’État. Parmi eux, 3000 travaillent dans le secteur de la santé et des services sociaux.

« La décennie 1990 a été une période faste pour les organismes communautaires : à la faveur de leur collaboration avec les régies régionales de santé et de services sociaux, ils avaient contribué dans plusieurs régions à définir les orientations des activités à entreprendre. Cela leur a entre autres permis d’obtenir des augmentations de subvention de 10 à 12 % par année. »

À la fin des années 90, il y a eu un premier mouvement de recentralisation sous le gouvernement de Lucien Bouchard. « La centralisation de la gestion des opérations vers les ministères, et de la prestation de services vers le milieu hospitalier – l’hospitalocentrisme –, s’est accentuée quand le gouvernement de Jean Charest a été élu, avec une série de réformes plus sévères et hiérarchiques qui a abouti à la création des centres de santé et de services sociaux, et à un parti pris en faveur des partenariats public-privé », rappelle le chercheur.

Les organismes ont alors vu leur financement stagner, malgré l’accroissement des besoins dans les communautés, et vu le gouvernement dicter leurs façons de faire.

L’attribution des subventions par ententes de service aux organismes communautaires est souvent conditionnelle à l’atteinte de résultats quantifiables, sans égard à la qualité des interventions qu’ils effectuent.

Par exemple, pour un organisme qui vient en aide aux jeunes de la rue, le ministère se base sur le nombre de seringues et de condoms distribués dans une année pour établir le montant de la subvention qu’il recevra, tandis que, pour l’organisme, cette distribution est un moyen parmi d’autres d’entrer en contact avec les jeunes, plutôt qu’une fin en soi.

« L’enjeu tourne alors autour des indicateurs de réussite de l’intervention, qui ne sont pas les mêmes pour le ministère et les organismes communautaires », note le professeur.

Les organismes communautaires, estime-t-il, sont plus efficaces lorsqu’ils échappent à « une trop grande emprise des dispositifs et des mesures de contrôle de l’État : l’originalité de leurs actions et leur capacité d’innovation ne peuvent être préservées que s’ils bénéficient d’une certaine autonomie et s’ils peuvent trouver des compromis dans les différents principes d’action ». C’est pourquoi, le financement en fonction de la mission globale des organismes communautaires est fondamental pour qu’ils puissent s’adapter à l’évolution des situations et des besoins.

« Innover demande du temps : cela implique d’expérimenter, de faire parfois quelques erreurs puis de corriger le tir et, pour ce faire, il faut que le financement soit flexible au lieu d’être orienté vers l’atteinte d’objectifs mesurables dictés par des personnes qui connaissent peu ou qui ne connaissent pas la réalité des milieux dans lesquels travaillent les organismes communautaires », insiste-t-il.

Les organismes communautaires se mobilisent toutefois afin de se faire entendre davantage. « Le climat de morosité qui s’est installé en raison des récentes attaques qu’a subies le modèle de développement social au Québec a suscité une exaspération qui s’est transformée en mobilisation, dit-il. La grève qu’ils ont déclenchée à l’automne dernier illustre la volonté qui les anime d’assurer une meilleure cohésion, notamment en instaurant un dialogue intersectoriel entre les divers champs d’intervention. »

Le chercheur souhaite que cette mobilisation permette de mieux faire reconnaître, au sein de la population, l’importance et la pertinence des services qu’ils offrent.

Psychomédia avec source : Université de Montréal.
Tous droits réservés

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